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Information sur l'auteur

Emeline Pasquier est une observatrice de l'entreprise à la double expérience, le conseil en organisation et stratégie, et le management en communication et développement durable. Elle est membre du bureau de l'association Innovation Citoyenne et Développement Durable (ICDD).

La quête du temps

D’aucuns les appellent les générations X et Y. Ils ont cela de commun d’être nés après l’instauration de la paix durable en Occident. Leur vie s’est construite sous le prisme de certitudes et de désillusions que n’avaient pas les générations précédentes, et pour cause, leur vie s’est construite dans un monde différent. Multiculturel, globalisé, économiquement modifié, leur monde est celui de la communication permanente, des réseaux et du virtuel. Une ère des médias sans précédent où il y a des images partout et tout est sur des images accessibles en un clic de souris plus rapide qu’un battement de paupière.

Ils appartiennent à ces nations qui faisaient naguère la course en tête dans la grande économie monde et qui aujourd’hui semblent avoir vieilli ou en tous cas perdu de leur dynamisme face à l’arrivée d’autres puissances dominantes (Inde, Chine, Brésil). Ainsi, dans leur esprit, ils s’assimilent plus à des héritiers qu’à des pionniers ; et dans leur ressenti par rapport aux générations précédentes, ils oscillent entre de la reconnaissance pour avoir fait ce qu’elles ont fait et un peu d’amertume aussi quand ils constatent que ce monde devenu le leur est une fausse bonne réussite.

Comme ils n’ont pas connu la guerre, comme ils n’ont aucun vécu de souffrance primaire, leurs attentes de vie sont d’un tout autre registre que leurs ainés. Alors que leurs grands-parents faisaient la guerre pour gagner le combat de la liberté nationale, que leurs parents créaient les conditions d’un exercice agréable de cette liberté avec notamment cet accès massif à la consommation, les générations X et Y n’ont finalement plus qu’à jouir de cette liberté sans contraintes apparentes. Mais comme chaque être humain, les générations X et Y recherchent une liberté plus grande que celle qui leur est donnée et tendent à opposer leur résistance à tout ce qui pourrait entraver cette liberté.

A chaque époque ses combats, à chaque génération sa quête de liberté. Les cages de fer qui privaient les prisonniers de guerre de leur liberté, les modèles et principes qui constituaient les cages des idéaux de liberté des années 70 se sont transformées en grandes cages économiques aujourd’hui. De grandes cages plus connues sous le nom d’entreprises qui semblent cristalliser les nouvelles attentes de liberté en même temps que son entrave la plus vive.

Ils sont nés libres, ils sont nés en capacité d’agir et de faire avec des moyens sans commune mesure avec ce qui existait auparavant. Ils sont surtout nés libres de suivre leurs envies, de décider de leurs choix, et il ne leur manque finalement qu’une seule chose irrémédiablement finie et comptée : le temps. Alors évidemment dans cette quête de liberté associée à la capacité de jouir de son temps, l’entreprise devient quelque peu gênante. Si les générations X et Y ne cherchent plus à marquer l’histoire de leur nom, ils tiennent à jouir de la vie et de toutes les possibilités qu’elle offre désormais à celles et ceux qui n’ont plus à mourir pour vivre, et dans cette quête l’entreprise est cet obstacle, mangeur de temps.

Sur ces dires, je pose donc cette question : l’entreprise prépare – t – elle sa révolution ?

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2 Commentaires le “La quête du temps”

  1. Alexandre Goncukliyan 1 août 2011 à 19:18 #

    Peu de changements en vue… avez-vous des idées et/ou conseils à ce titre?

    Nous avons pour certains d’entre nous du mal à profiter de notre temps, nous ajoutant des activités, qui elles, nous procurent plus de plaisir, mais nous empêchent finalement de jouir du temps…

    • greenlandep 2 août 2011 à 06:51 #

      Merci de ce commentaire. J’ai envie de vous répondre que les loisirs qui vous procurent du plaisir sont une belle preuve du temps dont l’usage est réservé à la jouissance de la vie; néanmoins, trop d’envies n’est en effet pas compatible avec un temps malheureusement compté et non extensible à l’infini.
      Sur les changements qui pourraient survenir dans l’entreprise, il y a à mon sens quelques pistes derrière les idées comme l’acceptation de congés solidaires, le développement du temps partiel avec des références à ce qui se fait dans les pays du nord (je pense notamment à la Suède), la possibilité offerte aux collaborateurs d’une entreprise de disposer d’une partie de leur temps pour oeuvrer dans un domaine qui leur tient à coeur (mécénat de compétences par exemple). Il y a aussi tout ce qui peut permettre une meilleure articulation entre la vie professionnelle et la vie privée, délicate alchimie, et pour en savoir plus je peux vous inviter à découvrir le blog de Karen Demaison sur le sujet (en lien sur ce blog).

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