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Emeline Pasquier est une observatrice de l'entreprise à la double expérience, le conseil en organisation et stratégie, et le management en communication et développement durable. Elle est membre du bureau de l'association Innovation Citoyenne et Développement Durable (ICDD).

La formation, clé de voûte d’un développement durable

Permettre à ses collaborateurs de développer des compétences et des savoir-faire afin d’augmenter, ou tout du moins maintenir, de façon continue, leurs chances de trouver un travail, voilà une illustration concrète de la responsabilité sociale de l’entreprise. Cela paraît tellement évident que l’on oublierait presque d’en parler. Pourtant, s’il est une utilité dont la valeur durable se mesure à l’aune de ce qui est bon pour tous, c’est bien la formation. La formation, dans sa capacité à apporter de la connaissance, dans sa participation active à faire d’un individu un être pleinement associé au projet collectif d’une société qui attend de ses membres d’être formés. La formation est condition d’une bonne intégration, sans doute aussi d’un bien être social. Autrement dit, la formation a une utilité tellement fondamentale qu’elle dépasse le simple cadre de l’entreprise ; ses enjeux sont moins d’offrir une place sur le marché du travail, qu’une place dans la société. 

Ainsi, la formation d’un individu dans sa phase initiale dépend, d’abord et avant tout, de volontés, de possibilités et de réalités qui ne concernent pas l’entreprise. Les études, les métiers choisis, les spécialisations, tout ce qui entre dans le champ de l’éducation par l’école, ne concernent pas l’entreprise. Cette dernière intervient plus tard dans cette chaîne de valeur qui accompagne la formation tout au long de la vie d’un individu. Plus tard, et peut-être trop tard d’ailleurs, si l’on veut bien s’arrêter un instant sur ces jeunes qui sortent de formations parfois bien longues et dont l’employabilité est faible. Je pense notamment à celles et ceux qui, bille en tête et le baccalauréat en poche, s’en vont user leurs fonds de culottes sur les bancs de formations sans savoir que d’ici quelques années ils iront peupler les rangs des diplômés que personne n’attend au dehors. Comme s’il était totalement impossible de prévoir, ne serait-ce qu’approximativement, les chances réelles de trouver un emploi en fonction des diplômes obtenus, des formations retenues. Il est certain qu’en la matière rien ne garantit rien, mais tout de même. N’est-ce-pas déjà un bel exercice de responsabilité collective durable que de prévenir les jeunes insouciants qu’ils ne sont pas en train de s’acheter un passe utile pour l’avenir ? Et pour aller plus loin, ne serait-il pas utile de rapprocher un peu plus le monde de l’éducation de celui du marché du travail, et notamment celui des entreprises, afin d’éviter d’accroître un peu plus le niveau du chômage dit « structurel » et lié à une inadéquation entre l’offre et la demande de travail ?

Dans le même ordre d’idée, je trouve particulièrement choquant d’entendre les propos de ces cadres, la trentaine révolue, qui se disent déjà « obsolètes ». Comme si la vitesse des changements dans la société les avait fait vieillir trop vite, comme si les années passées à travailler avaient compté double. Ils sont techniciens, ingénieurs, autodidactes, et ont en commun d’avoir accompagné l’émergence des technologies de l’information, dès la toute fin du XXème siècle. Parce que le besoin était là, ils ont été formés à ce qui se faisait à l’époque, ils ont été les artisans d’une véritable révolution qui s’est rapidement imposée comme la nouvelle donne dans les modes de faire d’une société séduite et totalement acquise. Tout est allé très vite. Si vite, que les premières technologies ont laissé la place à d’autres, que l’innovation et le marché se sont emparés de cette manne économique et que les premiers artisans, quelque peu dépassés, n’ont eu d’autre recours que d’espérer de leur entreprise, un salut formateur qui n’est pas toujours venu. En effet, si certains ont trouvé dans leurs entreprises, l’opportunité de rebondir, l’occasion d’une reconversion pour mieux renaître, d’autres n’ont pas eu cette chance. Ceux-là, qui étaient hier encore ces indispensables acteurs du changement, sont devenus, en l’espace de quelques années, des salariés jetables et périmés, faute d’avoir été formés aux évolutions de leur métier, aux nouvelles technologies. 

Souvent les entreprises ressentent le besoin d’aller chercher au loin ce qui pourrait justifier un bon exercice de leur responsabilité sociale, alors que l’essentiel est devant leurs yeux. Indépendamment de leur secteur d’activité, de leur métier, qu’elles soient du secteur public ou du secteur privé, les entreprises appartiennent toutes à cet écosystème de la formation dont la vocation est le développement des savoirs et des compétences en vue d’une employabilité durablement valorisée. Elles sont d’ailleurs doublement intéressées au progrès des compétences qui, tout en favorisant la mobilité professionnelle des collaborateurs, assure le développement de l’entreprise qui se constitue son propre savoir-faire, nourrit son actif stratégique. Par ailleurs, parce que la formation, plus que la rémunération, plus que les autres avantages, plus que l’évolution de carrière, constitue un vrai gain durable pour le collaborateur, elle est ce lien social qui développe le sentiment d’appartenance, la fierté que l’on porte à son entreprise. Elle est cette clé de voûte du développement durable.

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  1. La formation, clé de voûte d'un développement durable ... | La pirogue polynésienne | Scoop.it - 11 décembre 2011

    […] La formation, clé de voûte d'un développement durable … Classé sous Acteur de société, Développement durable, RSE Tag(s) associé(s): compétences, développement durable, employabilité, entreprise, formation, RSE, utilité sociale. À propos greenlandep. Emeline Pasquier est … Source: contributionlibre.wordpress.com […]

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